Documentaire Mexicain-Franco-Espagnol réalisé par Christian Poveda (Mexicain-Franco-Espagnol, sortie le 30 septembre 2009, produit en 2008, durée 1h30)
L'histoire : «On les appelle les Maras. Construits sur le modèle des gangs de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur dans toute l'Amérique Centrale. Plongée dans les banlieues de San Salvador dans le quotidien des membres d'une armée invisible. Nouveau fléau mondial qui détruit par la violence aveugle les principes démocratiques et condamne à mort une jeunesse privée de tout espoir d'avenir....».
Ce qui frappe tout au long de cet excellent documentaire, c'est l'enfermement général et systématique de chaque individu. A l'origine de cet enfermement, l'extrême pauvreté. L'enfermement, c'est celui de ces hommes âgés barricadés derrière les barreaux des fenêtres de leur maison, c’est celui du quartier, de ses gangs (de « Mara », bande) auxquels peuvent difficilement échapper les jeunes, c’est l’enfermement géographique qui interdit aux jeunes d’un quartier de franchir la « frontière » du quartier d’en-face sous peine de mort, c’est l’enfermement policier d’une répression aussi brutale qu’inutile, c’est l’enfermement juridique d’une juge dans un système légal en inadéquation avec les enjeux du drame social et politique qui se joue, et c’est souvent très jeune, pour ce qui semble être la majorité de la population, l’enfermement dans un cercueil métallique, tué par balles ou par la misère.
Si les solidarités s’exercent entre voisins, entre femmes, au sein des gangs, des quartiers, le chaos social qui règne, l’absence des politiques, la corruption, l’absence d’éducation rendent ces solidarités vaines. Pour exemple la tentative de monter une boulangerie au cœur du quartier. A l’initiative d’une ONG, mais pilotée par La Mara du quartier, la boulangerie, l’espace de quelques coups de feu, après avoir redonné un semblant de vie sociale aux habitants, sombrera dans les querelles internes, la répression policière.
Les drames accumulés qui se répètent inlassablement devant nos yeux, ces destins éphémères de ces jeunes adultes rythmés par les coups de feu, les pleurs de douleur et les enterrements, s’ils suscitent l’empathie, nous laissent voir le statut de victimes de cette jeunesse, sans avenir, livrée à la mort comme sacrifice ultime de ces sociétés d’Amérique latine, façonnées par la violence sous la bienveillance de l’Oncle Sam.
En sortant de ce documentaire coup de poing, admirablement filmé la caméra à l’épaule par Christian Poveda, deux certitudes : le courage exceptionnel de l’auteur, courage qu’il a payé de sa vie, et le désespoir dans une humanité incapable de se sauver et de (re)trouver le sens de son humanité dans la communauté, dans le monde, enfermée dans sa propre logique autodestructrice, à l'image de son enfermement dans les quartiers des villes du monde entier.


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