L’intrigue dure et froide comme l’est la société de ce petit village de la Prusse d’avant 1914, nous plonge au sein d’une communauté régie par une rigueur morale absolue, portée par le pasteur protestant du village. Haneke dans une interview donnée au Nouvel Observateur du 15 octobre 2009 explique « qu’il est parti de questions : pourquoi le fascisme a-t-il été aussi différent du nazisme, né pourtant à peu près à la même époque ? Comment un criminel comme Eichmann a-t-il pu n avoir jamais aucune mauvaise conscience, être sûr au contraire qu'il avait juste bien fait son travail ? J'ai connu un peu Ulrike Meinhof, et je sais que Gudrun Ensslin, membre elle aussi de la bande à Baader, était la fille d'un pasteur : dans son cas, la rigueur morale a conduit à un fascisme de gauche. Je ne dis bien sûr pas que le protestantisme est une des causes du nazisme, mais en Allemagne la rigueur morale est très attachée à la notion d'efficacité dans le travail. ».


Dans cette société villageoise, modelée dans le respect du travail, des élites sociales, le médecin, l’instituteur, le régisseur du domaine, le baron, rien ne se dit. Les souffrances, les blessures, les ignominies, les vexations, mais aussi les joies, le bonheur, tout est tut au profit d’un monde radical, où l’éducation, fondée sur un respect aveugle et une violence de tout les instants, et surtout sur la croyance que l’idéologie, l’extrême rigueur, l’intransigeance, permettront de sortir de la misère et d’atteindre un monde meilleur, mène vers l’abomination qui marquera à jamais le monde dans lequel nous vivons.


La recherche sans limite d’une pureté que l’enfance, ou « la race », porterait en elle par une population prête à toutes les superstitions, à toutes les bassesses, au mensonge, mène ces villageois, comme tout un peuple à être convaincu qu’au nom de la défense de cette « pureté », toutes les violences sont permises. Comme dans ce long plan sur la porte derrière laquelle les enfants du pasteur reçoivent les coups de verges dont on ne sait qui ils font davantage souffrir, celui qui les donne ou ceux qui les reçoivent, la barbarie se joue à l’abris des regards, dans les chambres, les salons, au cabinet du docteur, derrière les volets clos, suscitant un peu plus encore la suspicion, la médisance, les accusations aveugles contre ce qui représente la diversité, la différence, la liberté (l’amour de l’instituteur pour la jeune nurse, l’infirmité du jeune garçon, la révolte du jeune paysan contre les responsables de l’accident dont sa mère a été victime …).


Comme pour l’instituteur, le risque majeur est l’oubli, les souvenirs qui s’estompent, le doute d’avoir réellement vu et vécu ces moments, la crainte que le temps en altérant les souvenirs ne recouvre d’un manteau neigeux opaque et blanc « la bête immonde » et qu’au printemps suivant elle ne renaisse plus dangereuse encore, comme un cancer que l’on croyait vaincu mais que l’on porte toujours en soi, définitivement, et qu’il faudra combattre sans arrêt. Le virage sépia des vieilles photos en noir et blanc ne doit pas faire oublier l’instant où elles ont été prises ni la vie qui s’y joue définitivement.
Bravo monsieur Haneke pour cette leçon de cinéma  et d’histoire !

 

 



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