Le souffle slave décoiffant de cette troupe de musiciens, âgés, relégués par le régime soviétique depuis 30 ans dans des petits boulots, dans la pauvreté, découvrant dans ce concert parisien l’opportunité grâce à la débrouille, aux combines et accessoirement à la musique (tout au moins jusqu’au début du concert), emporte ce film généreux souvent dans un délire drôle et rafraichissant.

Chacun des protagonistes porte en lui ses regrets et ses espoirs dans ce voyage à l’Ouest : Aleksei Guskov, excellent chef d’orchestre, cherche à expier sa passion dramatique pour le concerto pour violon et orchestre opus 35 de Tchaïkovski, magnifique et envoutant concerto ! et à retrouver celle dont il suit la carrière de violoniste depuis 10 ans ; Valeri Barinov, ancien manager de l’orchestre National du Bolchoï et responsable sous Brejnev de la mort au goulag de deux musiciens juifs et de la carrière brisée de ces 50 musiciens, cherche à Paris le pardon mais aussi à faire renaître l’idée du communisme auprès du dernier dinosaure politique communiste d’Europe, le PCF (quelle scène irrésistible quand il confie le drapeau de l’Union Soviétique de 1966 au vieux secrétaire local français !) ;Dimitry Nazarov, excellent lui aussi, porte toute la générosité musicale et humaine du groupe (ne conduit-il pas une ambulance ?!) et réussira là où tous pensaient échouer ; Mélanie Laurent, magnifique dans ce rôle de soliste, orpheline, qui joue pour tenter de sentir, l’espace de quelques secondes, le regard de ses parents disparus.

Tous se retrouveront grâce à la magie de la musique de Tchaïkovski, dans un final époustouflant, mêlant musique et image, dans cet étourdissant final Allegro vivacissimo du Concerto Op. 35 en D majeur.

 



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