Les recherches visuelles et sonores menées par Henri-Georges Clouzot et son équipe, recherches rendues possibles grâce aux producteurs de la Warner qui lui avait laissé le champ libre grâce à un budget illimité, étaient dans l’esprit des découvertes artistiques d’un Pierre Boulez ou d’Henri Pousseur autour de la musique contemporaine, de la musique concrète ou sérielle ou des cinéastes de la Nouvelle Vague et des propres recherches du réalisateur. On découvre petit à petit un homme exigeant jusqu’à l’extrême, colérique, angoissé. Ce film devait représenter dans l’évolution du cinéma une révolution pour Henri-Georges Clouzot. Filmé en noir et blanc, l’histoire « réelle » des personnages, et en couleur pour les hallucinations ou les rêves et cauchemars du personnage de Serge Reggiani, les journées épuisantes d’un tournage chaotique s’accumulent.

On redécouvre une Romy Schneider, seulement âgée de 26 ans, que son public voyait encore en Sissi impératrice, mais qui dans ces images muettes, les rushes n’avaient pas été sonorisées, aucune postsynchronisation, l’équipe en était au début du tournage, se révèle une actrice extraordinaire, sublime, la Romy Schneider de César et Rosalie, de Ludwig, de Max et les Ferrailleurs, des Choses de la vie etc.

Ce documentaire, parfaitement construit, est un petit bijou de leçon de cinéma, un moment passionnant de création cinématographique, menant jusqu’à l’obsession et l’épuisement son réalisateur, jusqu’à l’échec d’un projet de film qui n’était pas destiné à voir le jour mais répondait à la soif de ce grand réalisateur d’aller au-delà des formes narratrices utilisées jusque là.

 



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